ERIC DEGUIL, DESCEND LE COLORADO AVEC LE KAYAK GONFLABLE ITIWIT 

Eric Deguil, originaire de Pau et triple champion du monde de kayak freeride a découvert le kayak gonflable de randonnée Strenfit X500 Itiwit lors d'une course organisée pendant le White Water Circus au Stade d'eaux Vives de Pau. Séduit par sa compacité, sa rigidité et sa vitesse, il a décidé de l'emmener sur le Colorado. Il raconte son aventure hors du commun sur ce fleuve mythique.

LE COLORADO, ÇA SE MÉRITE !

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Il n’y a pas si longtemps, si l’on voulait naviguer le Grand Canyon du Colorado, il fallait s’inscrire sur une liste d’attente de plus de douze ans.
Internet a rendu l’accès plus facile. Une loterie numérique annuelle distribue les différents permis de navigation. Faut-il encore être l’heureux chanceux.
Loin d’être accro aux jeux de hasard, j’ai joué pendant trois ans. Et Bingo !

Le 17 février 2019 sera la date d’embarquement. Départ de Lees Ferry pour 12 jours loin de toute société et modernité à vivre au rythme de la rivière, enfermé entre deux murs. 
Ayant 15 places disponibles sur mon autorisation, des amis d’enfance et de longues dates sont du voyage.
Après avoir longuement épluché le règlement qui régie la navigation et le bivouac dans le Colorado, l’équipe est vite mise au courant Le Ranger a bien pris le temps de m’expliquer tout cela en tête à tête…

Le fait majeur est l’utilisation d’une « boite à caca » ! « Vivre sans trace », telle est la règle première. Alors, en plus de filtrer nos eaux de vaisselle et couvrir de tapis nos emplacements de vie (pour ne laisser aucune miette ni charbon de bois), nous ferons dans une boite qui sera stockée dans notre raft jusqu’à notre sortie du canyon.
Cela semble contraignant. Mais un bref panoramique autour de nous rappelle la fragilité et spécificité de l’écosystème dans lequel nous évoluons. Puis, vu la qualité de nos zones de bivouac, malgré le passage de centaines de personnes durant la haute saison, le jeu en vaut la chandelle.

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LE CHOIX DU KAYAK 

Mon budget serré m’a incité à utiliser le nouveau kayak gonflable de randonnée Itiwit Strenfit X500 pour cette descente.

Il est facile à transporter, surtout dans l’avion et rapide à gonfler. Doté d'une très bonne glisse grâce à sa construction très rigide en dropstitch et d'une bonne capacité de chargement, ce kayak fut un choix évident face la location du kayak conventionnel 8 kgs plus lourd et moins rapide.

De plus, sa navigation se rapprochera au mieux du kayak que j’utiliserai pour tenter mon grand projet, descendre l’intégralité du Grand Canyon du Colorado (450 km) en solo en moins de 34 heures.

Pour tout repérer en 12 jours en dormant bien, le « Titiwit » était l’engin idéal.

Neige colorado

LA NEIGE, INVITÉE SURPRISE

Grosse surprise du moment, la météo. Ne pouvant choisir la date du départ, il faudra composer avec. Le mot est faible. Les quatre premiers jours se pagaient sous la neige et un vent de face polaire ! Nous apprendrons plus tard, que nous avons essuyé la plus grosse tempête de neige depuis 1898 !  Des nuits à moins 10 C°.

A la fin du quatrième jour il était temps que ça s’améliore, le moral plus que le corps n’en pouvait plus. Les duvets trempés non plus d’ailleurs. L’ambiance dans l’équipe n’a pas failli mais que ce fût terrible.

Certains furent tentés de tout bazarder à «Phantom Ranch » l’un des très rare accès à la rivière mais encore fallait-il vouloir affronter les 1500 m de dénivelé et 20 km enneigés par plus d’un mètre tombé dans la nuit. On était mieux en bas finalement…

Pour ma part, cette neige est la cerise sur le gâteau. C’est une couleur de plus au spectacle minérale majestueux qui nous entoure. Chaque jour est différent. L’histoire de notre planète se raconte à chacun de nos coups de pagaie.

COMMENT NAVIGUER SUR LE COLORADO ?

Comment naviguer sur le Colorado ?

D’un point de vue navigation, le Grand Canyon du Colorado n’est pas des plus compliqué. De nombreux rapides jalonnent la descente mais chacun se repère, se porte ou s’évite par une ligne « poule mouillé ». Mais attention car ce type de rivière à volume ne s’aborde pas comme nos rivières française bien plus petites. L’anticipation est de mise. Il vous faudra notamment débarquer pour repérer bien plus en amont des rapides. Car si vous vous êtes trompé de rives, la moindre traversée est parfois impossible pour reprendre la bonne ligne.
Le débit n’a fait qu’augmenter durant la descente, passant d’environ 80 mètres cubes à plus de 250. Les faits majeurs étant la rencontre du « Little Colorado » qui amena tant de sédiment que le Colorado fût rouge sur les 300 km suivant (et compliqué à filtrer pour boire). Havasu creek était une surprise. Son eau bleu turquoise ne voulant pas se diluer.
Même si la majeure partie du temps, nous évoluons entre deux murs, l’ambiance est irréelle. Surtout lorsque que l’on peut à porté de pagaie aller visiter d’anciennes ruines indiennes et des centaines de pictogrammes

On a frôlé la catastrophe

ON A FRÔLÉ LA CATASTROPHE !

Pour ma part, le fait majeur fût à l’aube du quatrième jour. Alors que tous nous échouâmes sur une énorme plage de sable pour planter notre campement, celle-ci se fit la malle durant la nuit ! C’est au pipi du matin que Julien constata la perte de mon « Titiwit » et de tout mon matériel de navigation.

Juste le temps de récupérer deux autres kayaks in extremis, de me réveiller en sursaut et je fus à la poursuite de ce que j’avais perdu. Heureusement, 1km plus loin, mon kayak échoué dans les rochers avait survécu aux rapides. Le caisson arrière avait fait son office (rien ne s’est échappé). Seul mon casque était manquant. Nul de doute que s'il s’agissait un kayak en polyéthylène conventionnel, nous aurions dû aller beaucoup plus loin avec beaucoup moins de chance. Car il aurait fini par couler

 Le X500 lui est resté en surface à jouer tranquillement comme un bois flotté et s’échouer tranquillement.
L’histoire retiendra qu’aller visiter des ruines indiennes la veille et tripoter des fragments de poteries et de silex avait contrarié les Grands Esprits

 Eric Deguil descend le Colorado

 À FAIRE AU MOINS UNE FOIS DANS SA VIE DE KAYAKISTE 

"J’ai bien pris la mesure de l’ampleur de la tâche qui m’attend pour pagayer jour et nuit le Grand canyon du Colorado en moins de 34 heures. Mais le lieu en vaut la chandelle.

Contempler le Grand Canyon du Colorado est déjà à faire une fois dans sa vie.

Toutes les descriptions ne valent en rien par rapport aux sentiments qui vous envahiront à sa rencontre. Le naviguer est tout autre chose. Tout se vit d’en bas. Des centaines de randonnées partent du bord de l’eau.

Croyez-moi, vivre au rythme du Colorado vous changera à jamais."

Eric Deguil

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