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JOANNA - "Dommage que la force soit souvent associée à la virilité"

La tendance 'body positivity' a révolutionné les cabines d'essayage jusqu'aux salles de sport, un mouvement de société jamais égalé auparavant en matière de confiance en soi.

Joanna - Photo de Morgane Gielen

QUICONQUE, AUPARAVANT, N'ENTRAIT PAS DANS UN SCHÉMA TRADITIONNEL A FINALEMENT EU, CES DERNIÈRES ANNÉES, LE DERNIER MOT AU SUJET DE SON PROPRE CORPS. CE CHANGEMENT DE PERCEPTION A-T-IL CHANGÉ LES MENTALITÉS DANS LE MONDE DU FITNESS ET DU BIEN-ÊTRE? LYNA, LEEN, JOANNA, ROMY ET SARAH SONT CINQ FEMMES SPORTIVES, FIÈRES DE LEUR CORPS. CHACUNE D'ELLES NOUS RAPPORTE SA PERCEPTION DE SON CORPS ET DE SES AMBITIONS SPORTIVES. 

Avant, j'étais trop grosse, aujourd'hui, je sors toujours de la norme car je suis apparemment trop musclée

SALUT, NOUS SOMMES LÀ!

Je suis combattante de MMA, je fais de la boxe anglaise, du Ju jitzu brésilien, de la lutte, de la boxe thaïlandaise...~Vous m'imaginez donc comme une femme musclée. Mais sachez que: Je trouve dommage que les femmes comme moi soient encore trop peu représentées ou fassent l'objet de stéréotypes. Je veux changer les choses. Dites-moi pourquoi le fait 'd'être fort' est toujours associé à la virilité et au machisme? Je pense que les femmes peuvent être fortes sans toutefois perdre leur féminité.

 

J'aime cette nouvelle façon de penser visant à revendiquer notre propre corps, sous toutes ses formes, dans une société trop heureuse de nous classifier. La nouvelle vague Body Positivity se concentre surtout sur les femmes plus pulpeuses, sur les rondeurs, les gros seins, les couleurs de peau, le caractère unique de leur corps... Mais les femmes musclées n'en font, hélas, pas partie. " Salut, nous sommes là!"~~J'ai les jambes très musclées et les épaules bien musclées. Mais sachez une chose: lorsque je fais les magasins, c'est un désastre. Il n'existe pour ainsi dire pas de vêtements appropriés ni de style adapté aux femmes avec un tel physique. La taille de mes jeans bâille, et j'ai du mal à glisser mes épaules et mes bras dans une belle petite veste. Dans de telles situations, je me sens exclue de la vision étroite et de la stratégie des enseignes de mode. Avant, je ne pouvais fréquenter les cabines d'essayage parce que j'étais trop grosse, aujourd'hui, je suis de nouveau hors normes car je suis trop musclée. 

 

Joanna - Photo de Morgane Gielen

La Dancehall me redonne entière confiance en moi et en mon corps

Joanna - Photo de Morgane Gielen

SUR LE RING, LE SEXE NE COMPTE PAS  

Je me sens très mal à l'aise avec ces termes 'uniquement pour femmes'' et 'uniquement pour hommes' . Dans le monde des sports de combat, vous êtes entourée principalement d'hommes, et vous ne vous maquillez presque pas. Dès que je sors du ring, je constate que les hommes sont soit intimidés soit confus par ma large carrure. Le fait que j'aime porter mes cheveux courts et qu'il m'arrive de porter des talons ne facilite guère les choses.

Sur le ring, le sexe ne compte pas. Je m'entraîne avec des hommes qui font 20 kilos de plus que moi. Quand je reçois un coup, je me demande parfois pourquoi j'aime ça. Quand je suis indisposée, je n'ai pas toujours envie de me retrouver au tapis. Après, je rentre chez moi, je pleure un bon coup et je me dis que j'ai survécu. Le MMA n'est pas un sport que l'on pratique toute sa vie durant. J'ai déjà souffert de mes genoux et d'autres blessures me rappellent souvent à la réalité. C'est pourquoi, le lundi, je troque mon entraînement de combat pour ...la Dancehall jamaïcaine! Non seulement parce que je trouve que c'est une danse très expressive et très sensuelle, la Dancehall m'aide à retrouver toute confiance en moi et en mon corps. En soi, je trouve cela extraordinaire et précieux. 

Non messieurs, pas aujourd'hui,

SOYEZ A L'ECOUTE DE VOUS-MÊME!

Avant, on me traitait degrosse’ . Je pesais 93 kilos, je n'avais pas de condition et j'étais vite essoufflée. Quand je marchais, souvent, mes jambes me gênaient. Je voulais faire du sport mais ne savais pas quoi faire. La natation, ce n'était pas pour moi, je préférais danser à l'occasion de fêtes et, après de nombreuses hésitations, j'ai fini par me mettre au Jiu Jitzu brésilien. Parce que j'avais déjà fait de la boxe auparavant et parce que je me sentais attirée par une discipline plus dure. J'ai immédiatement été séduite, même si cela n'était pas évident. ~J'étais, plus que jamais, confrontée à mon corps. Je me souviens avoir dit pendant l'échauffement de ma première leçon, “Non, messieurs, cela suffit pour aujourd'hui: je suis cassée!”.. Nous avions à peine fait quelques tours. J'ai même dû sortir quelques fois pour reprendre mon souffle. J'étais incapable de suivre une séance du début à la fin. Je ne pouvais même pas aller prendre un verre après la séance. Parfois, mon entraîneur me le rappelle encore. 

~J'ai perdu 20 kilos en 7 mois sans que ce soit véritablement mon objectif, et sans vraiment prêter attention à mon alimentation, en fait. Vivre une telle réussite personnelle dans les premiers mois m'a donné un solide coup de pouce. Tandis que je devenais plus forte, mentalement et physiquement, je remarquais que mon entourage me regardait différemment .“Oups...tu vas vraiment faire... ça?” Non pas qu'ils se moquaient ouvertement, mais ils n'avaient aucune confiance. Le fait que je sois une femme avait certainement à y voir...~Dans ces moments-là, il faut savoir s'écouter et écouter son corps. Il faut savoir ce que vous voulez! Car votre entourage essaie toujours de vous dissuader et de vous faire faire ce qu'il pense en fonction de votre sexe ou de votre anatomie. ~ 

Joanna - Photo de Morgane Gielen

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